Et voilà, on écrit des notes sans faire le tour du web et on se retrouve à retraiter un sujet...
Le journaliste du Point Jean Guisnel a publié un entretien avec Jean-Yves Le Drian, en autres choses responsable du pôle thématique Défense dans l'équipe de campagne de Fançois Hollande. L'occasion pour notre camarade de revenir sur certains sujets comme l'industrie de défense.
Le Point : Dans l'industrie de défense, la fin de l'année 2011 a été marquée par la montée au capital de DCNS de Thales, un rapprochement de ce groupe avec Nexter dans les munitions et la naissance d'une société commune avec Safran dans l'optronique. Que faut-il penser de ces évolutions ?
Jean-Yves Le Drian : Nous assistons effectivement à une restructuration soudaine des industries de défense, alors que depuis 2002, bien peu de choses avaient bougé. Si ce n'est bien sûr la création de Safran et la montée de Dassault comme actionnaire de référence de Thales. Une restructuration est souhaitable. En effet, en matière de défense, seules comptent les nations disposant de capacités technologiques et industrielles capables de produire les armements et les systèmes associés conditionnant les performances de leurs forces armées qui elles-mêmes garantissent l'autonomie de décision et d'action de l'autorité politique. Encore faut-il que cette industrie de défense soit structurée de telle sorte qu'elle produise cette dynamique de recherche et d'innovation qui lui est nécessaire pour elle-même ainsi que pour l'industrie civile. La réduction des budgets militaires en Europe, voire aux États-Unis, aurait nécessité bien plus tôt la mise en oeuvre d'une politique industrielle de défense novatrice dans notre pays. Celle-ci n'a pas été conduite. Sans doute avons-nous perdu beaucoup de temps depuis plusieurs années. Notre industrie de défense possède des atouts pour parler fort en Europe, à condition de ne pas les enfermer dans une vision trop nationalo-restrictive de nos intérêts. Les mouvements autour de Thales pourraient constituer une perspective, sous réserve que la stratégie industrielle ne passe au second plan, derrière un Meccano financier.
Quel dessein discernez-vous dans une telle opération ?
Tout se déroule comme si une nouvelle politique industrielle de défense française s'élaborait autour de deux pôles. L'un autour d'EADS, l'autre autour de Thales qui pourrait regrouper DCNS et Nexter avec une présence significative de Dassault. S'il s'agissait par exemple de donner plus de force à DCNS, davantage de visibilité internationale, pourquoi pas ? Il serait en revanche très regrettable de capter les atouts de DCNS, notamment financiers, à d'autres fins que le développement d'une politique qui a commencé à porter ses fruits en faisant émerger un grand systémier naval. La difficulté que je discerne vient notamment du fait qu'aucun politique n'a à ce jour dévoilé précisément les rôles respectifs que le gouvernement entend faire jouer à l'un et l'autre pôle.
Mais le rapprochement Thales/DCNS n'est-il pas judicieux, justement pour associer les compétences de ces deux industriels en matière de systèmes de combat naval ?
Vous faites de ces évolutions une lecture optimiste. Je me réjouirais si elle s'avérait judicieuse. Mais il serait fort dommage d'isoler ces capacités informatiques très spécifiques et de les séparer de l'activité de construction des coques. Dans ce cas, les efforts engagés depuis des années seraient gravement remis en cause.
Dans l'hypothèse où François Hollande remporterait la présidentielle, accorderait-il de l'importance à une restructuration de l'industrie de défense européenne ?
Notre candidat n'ignore pas les atouts de notre industrie de défense, instrument précieux de notre présence en Europe à l'heure de la réduction des budgets. Elle participe aussi à l'effort de réindustrialisation que permettent les technologies duales à haute valeur ajoutée.
La France exporte des armements navals, mais pas d'avions de combat, à moins que l'Inde choisisse le Rafale. Que faudrait-il changer pour que ça marche mieux ?
Je regrette pour ma part les échecs du Rafale, avion de grande qualité. Mais il ne sert à rien de se lamenter. Toutefois, il me paraît nécessaire de s'intéresser objectivement sur les raisons de cette impuissance à l'exportation. Une chose est sûre : la dimension européenne d'un futur modèle d'avion de combat sera une condition sine qua non de sa réussite.
Il paraît probable que le prochain président de la République, qui sera confronté à de sérieuses difficultés budgétaires, sera tenté de réduire le budget de la défense. Est-il temps d'avoir un avis sur cette question ?
Ces choix appartiennent au président de la République, chef des Armées. À ma connaissance, François Hollande prononcera un discours sur ces questions dans quelques semaines. Il ne m'appartient pas de m'exprimer à sa place. Mais je suis absolument convaincu que dans son esprit le budget de la défense ne peut être considéré comme une variable d'ajustement. Ne serait-ce qu'en raison des enjeux industriels qu'il induit. Si François Hollande était élu, un nouveau livre blanc serait initié sans délai. C'est indispensable en raison des nouvelles potentialités conflictuelles internationales, du retrait progressif des Américains de l'Europe et de son environnement géographique et des initiatives à prendre au niveau européen. Une loi de programmation militaire devra suivre immédiatement ce livre blanc.
L'Europe de la défense n'est-elle pas trop mal en point pour être sauvée ?
Le traité de Lancaster House présente des perspectives pertinentes, bien que les pointillés soient nombreux. Mais il ne concerne que la France et le Royaume-Uni et il n'est pas envisageable d'en rester là. Le futur président de la République devra prendre des initiatives en ce sens. En particulier en direction de l'Allemagne, mais aussi, pourquoi pas, de la Pologne, de l'Espagne et de l'Italie.
Plusieurs milliers de soldats français sont actuellement en opération à l'étranger. Avez-vous un message à leur faire passer en cette période de voeux ?
Je veux d'abord leur témoigner de la reconnaissance et de la considération de la Nation, rendre hommage à ceux qui ont payé de leur vie leur engagement au service de la France, y compris tout récemment en Afghanistan. François Hollande connaît bien les personnels des forces armées. Il est conscient que la place des militaires dans la Nation n'est pas suffisamment reconnue et il compte agir pour que cela change.
On perçoit une volonté du Parti socialiste et du candidat de ne pas polémiquer ou lancer des campagnes d'opinion sur les affaires militaires...
Il n'y a pas de divergence sur les fondamentaux : l'essentiel, c'est la sécurité de notre pays et la paix dans le monde. Dans cette période d'incertitude, il serait dommage que la défense fasse l'objet de polémiques. L'essentiel, ce sont la sécurité de notre pays et la paix dans le monde. Les initiatives en ce sens peuvent être largement partagées. Par ailleurs, François Hollande vient d'afficher son attachement à la politique de dissuasion qu'il entend poursuivre s'il est élu. Il souhaite à cet égard se rendre prochainement à l'île Longue pour en témoigner.

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